On a marché sur le Stromboli

By Patrice
Cet article fait partie de la série La Sicile et les Iles Eoliennes
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Et si ce n’est pas la Lune, ça y ressemble bien un peu ! Le Stromboli m’a fait rêver. Un nouveau volcan européen en activité que je gravis avec un sentiment de bonheur et de fierté comme rarement ce fut le cas. Ce volcan n’est pas le plus haut, pas le plus gros, pas le plus actif (quoi que…) mais indéniablement l’une de mes montagnes préférée. Direction le Stromboli lunaire.

Connu mais pas toujours cité, le Stromboli n’en demeure pas moins un incroyable volcan que j’ai eu la chance d’escalader en mai dernier. Un volcan qui a d’ailleurs donné son nom au type Strombolien, signe de son importance géologique ! Les regards se tournent néanmoins plus facilement vers le géant Etna ou le dangereux napolitain du Vésuve qui a déjà fait des siennes à Pompéï. Pourtant l’Histoire du Stromboli est-elle aussi tourmentée. Perdu au milieu des eaux, dans le cadre idyllique des iles éoliennes, le Stromboli explose régulièrement de manière très modérée. Parfois, la fureur se déchaine au point de devoir évacuer l’île qui porte son nom.

Sur cet énorme cailloux, j’ai débarqué par l’hydroglisseur. La “navette” des iles éoliennes. Selon le sens du vent, en me promenant sur l’île, j’apercevais quelques nuages s’échapper du cratère. Il me fallait attendre le soir, vers 17h, pour commencer la grimpe vers le géant volcanique. Ici, la découverte du volcan doit obligatoirement être accompagnée par un guide. Il existe plusieurs opérateurs sur l’île. Rendez-vous est donné vers l’église San Vincenzo Ferreri. J’y rejoins mon groupe, casques rouges et frontales en main. À côté de nous, des casques jaunes, d’autres verts, d’autres bleus… Il n’y a pas foule et les départs de chaque groupes sont différés pour laisser suffisamment d’espaces entre chacun.

Après quelques centaines de mètres, on aperçoit le village de Stromboli en bas.
Après quelques centaines de mètres, on aperçoit le village de Stromboli en bas.
La montée devient plus technique à mi-pente. La cendre du Stromboli est difficile à dompter.
La montée devient plus technique à mi-pente. La cendre du Stromboli est difficile à dompter.

Voilà notre signal de départ. Nous empruntons une petite ruelle, la via Soldato Francesco Natoli. Peu à peu, les maisons deviennent rares et nous voici rapidement au pied de la montagne. Tous les groupes vont dans le même sens. Ceux qui sont partis avant nous forment des tâches sur la roche noire du volcan un peu plus haut. La montée n’est pas très raide, sur des chemins bien identifiés durant la première partie de l’ascension. Le groupe avance bien ! Après 45 minutes de marche, nous avons déjà fait 250 mètres de dénivelés. Il n’en reste plus que … 700 environ !

La végétation se réduit petit à petit. Alors qu’elle est dense dans les terres fertiles au pied du volcan, elle devient plus rare une fois les 300/400 mètres d’altitude dépassés. Surtout, la marche devient plus technique. Nous sommes désormais dans les cendres et les roches volcaniques, les chaussures se remplissent de ce gros sable noir, les pieds “patinent”. J’enchaîne avec le guide les virages en épingle, signe que le dénivelé est important. Le village de Stromboli est tout petit en bas et reflète sa blancheur sur la mer qui prend ses couleurs du soir. Spectacle saisissant.

Premières projections ! Nous sommes bientôt au sommet et l'âme du volcan se révèle pleinement.
Premières projections ! Nous sommes bientôt au sommet et l’âme du volcan se révèle pleinement.

Il est bientôt 20h lorsque, après une montée qui a semblé très calme, le volcan se fait entendre. Mieux encore, au loin on aperçoit les premiers jets de lave et de roche. Un coup de tonnerre nous fait sursauter. Le guide n’est pas surpris, plutôt amusé de voir nos visages. Les appareils photos sont de sortie et tout le monde dégaine ! Il n’y aura pas d’autre explosions tout de suite, nous continuons de grimper pour arriver sur les premières lignes de crêtes. Ici, des abris en béton sont prévus pour abriter, en cas de danger extrême, les marcheurs et les accompagnateurs. Nous n’en aurons pas besoin ce soir, le volcan est très “calme” d’après les locaux.

Quelques pas encore dans la cendre pour enfin découvrir le spectacle au sommet du Stromboli. Pas de végétation ici, pas vraiment d’âme qui vive à part les randonneurs du soir. La nuit commence peu à peu à tomber et le spectacle est envoutant. Le Stromboli nous montre ses 3 bouches ouvertes, rouge sang. On voit la lave qui, sous nos pieds, s’active. C’est la première fois que je l’aperçois d’aussi près. Le volcan est calme, pourtant j’ai l’impression que c’est une folie. Nous resterons 30 minutes, coupe-vent et bonnets sur la tête, à admirer cette lave et les explosions régulières (toutes les 10 minutes). Les jets de lave sont bas mais ils m’impressionnent. J’ai l’impression ici d’être dans mon élément, en sécurité à profiter de cette nature dingue.

4 explosions en 30 minutes. Je suis ravi d'être au sommet du Stromboli, même en ce jour ou il semble calme.
4 explosions en 30 minutes. Je suis ravi d’être au sommet du Stromboli, même en ce jour ou il semble calme.
Derniers regards sur le Stromboli.
Derniers regards sur le Stromboli.

Certains membres de mon groupe semblent “déçus”. La visibilité n’est pas extra, les photos sont floues, il fait un peu froid, le volcan n’est pas très actif. Je ferme mes écoutilles pour ne plus entendre toutes ces sottises. Les mêmes qui n’ont pas écouté le guide, qui n’avaient pas de chaussures de randonnées au départ, qui viennent des Alpes et qui connaissent tellement la montagne, qui trouvent que le groupe n’avance pas assez vite et qu’il faudrait redescendre rapidement pour pouvoir aller faire son check-in ! Il faut savoir l’accepter, se replier  légèrement sur-soi pour ne pas trahir totalement le bonheur intense que fut celui de découvrir ce magnétique volcan !

La descente à la frontale est la dernière “aventure” de la soirée. C’est amusant de voir chaque groupe au loin avec sa vingtaine de faisceaux lumineux, qui se dirige vers le village encore éclairé. Descendre dans la cendre est difficile, on s’enfonce rapidement. Il faut vider les chaussures à mi-parcours. Rapidement l’on retrouve les ruelles pavées et les maisonnettes blanches. Les pieds sont sur terre ferme, ils me ramènent à mon logement. Mon esprit est resté là-haut, avec celui du volcan. Il n’est jamais vraiment rentré avec moi d’ailleurs, un peu de moi restera toujours là-haut à admirer ce cadeau géologique.

Descente à la frontale, dans la cendre du STromboli
Descente à la frontale, dans la cendre du STromboli
La lave est à quelques mètres sous nos pieds, à attendre que le Stromboli s'énnerve !
La lave est à quelques mètres sous nos pieds, à attendre que le Stromboli s’énnerve !

 

 

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