Auschwitz-Birkenau : un douloureux devoir de mémoire aux environs de Cracovie

Par Patrice
Cet article fait partie de la série La Pologne
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On ne “visite” pas Auschwitz-Birkenau. On ne “fait” pas Auschwitz-Birkenau. On se rend à Auschwitz-Birkenau pour comprendre, pour voir, pour garder en mémoire. C’est dans cet état d’esprit que j’ai quitté Cracovie tôt le matin en bus pour me rendre à Oswiecim, ville qui tente d’exister à côté de ce qui n’aurait jamais dû exister.

Un difficile devoir de mémoire

Ce fut le moment le plus délicat de mon séjour à Cracovie. Pour plusieurs raisons. La première est “touristique”. Le mémorial d’Auschwitz tente, tant bien que mal, d’endiguer le problème. Il le fait fort bien. Il n’empêche… cars de touristes affluent sur le petit parking de l’ancien camp de déportation et d’extermination. Dès les rues de Cracovie, les pancartes et panneaux publicitaires vous agressent. Vendant “à prix incroyable” une excursion en bus privé vers l’ancien camp. D’un mauvais goût, mais là est peut-être le prix à payer pour que la majorité des personnes soient sensibilisées aux terreurs de l’holocauste…

La seconde raison, c’est que j’ai voulu faire cette journée seul, sans aide extérieure d’un quelconque organe touristique. Ce n’est pas évident même si, au final, c’était la meilleure solution possible. À voir les groupes de “touristes” s’entasser dans les blocks d’Auschwitz sans jamais prendre quelques secondes pour s’arrêter, au pas de course pour que toute la visite tienne en 3h (j’ai mis plus de 7h pour découvrir seulement une partie des 2 camps…) Alors, armés d’appareils photos et de portables, ils capturent ce qui peut l’être. Je ne polémiquerais pas ici sur les quelques abrutis se prenant en selfie… ils n’étaient heureusement pas si nombreux que ça. Et force est de constater que les plus jeunes générations étaient peut-être les plus respectueuses du lieu et de la mémoire !

La troisième raison est évidemment émotionnelle. Une fois mis de côtés tous ces faits qui dérangent et en se concentrant au maximum sur les explications et sur les lieux, on est projeté dans l’horreur et la douleur. Et dire qu’ils sont encore nombreux à penser que cela n’a jamais existé… Toutes les preuves sont là. Dures, brutes. Le mémorial d’Auschwitz a évité toute mise en scène. Les lieux sont restés quasiment à l’identique, simplement consolidés et renforcés. Parce que ce sont les bâtiments, ici, qui renferment encore ce qu’il reste de mémoire. Tout vous prend aux tripes quand vous franchissez le portail, celui représenté dans tous les manuels scolaires… Un livre d’histoire et de tristesse à ciel ouvert.

Auschwitz et Birkenau, deux sites “complémentaires”

Vous voilà plongé dans la première partie du mémorial. Le plus petit des camps, celui d’Auschwitz 1. Au départ simple camp de concentration qui s’est peu à peu transformé en camp d’extermination, l’un des premiers du régime nazi. Les baraquements se suivent, alignés et millimétrés. Tous ne sont pas accessibles, certains sont aussi en cours de restauration. Des panneaux d’explications, à l’extérieur des blocks, sont très discrets et apportent l’essentiel. On découvre le camp tel qu’il était dans les années 40. Rien n’a bougé. Les panneaux allemands sont encore là, les fils électriques et les barbelés aussi. Seules les maladies, la misère et la mort ont disparu.

Chaque block présente différents pans de l’holocauste et de la solution finale. Certains bâtiments ont été réaménagés, mais la plupart ont gardé leurs dispositions de l’époque. On découvre ainsi des informations sur la création du camp, sur les premiers déportés, sur leurs conditions de vie dans le camp. Dans un block, on aperçoit les anciens dortoirs où les prisonniers s’entassaient, souvent 3 ou 4 sur des paillasses pour une personne. Certains blocks marquent plus que d’autres. Celui du souvenir et des preuves est peut-être le plus raisonnant : des milliers de chaussures entassées, des centaines de mètres de cheveux tondus sur les femmes du camp, des souvenirs et des vêtements d’enfants et de bébés... Oui, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont péris ici. Voici ce qu’il reste d’eux… On découvrira plus loin les salles de tortures, les cellules, les potences pour pendre en place publique certains réfractaires et résistants qui se sont formés à l’intérieur du camp. Avant de terminer par l’un des premiers fours crématoires, derrières les anciens bâtiments administratifs de l’armée allemande et des SS.

Une navette, gratuite, vous conduit quelques kilomètres plus au nord devant Auschwitz 2 – Birkenau. Camp de concentration et d’extermination, tristement célèbre et reconnu par son portail d’entrée. Ici, Hitler a mis en place toute la logistique “industrielle” pour accélérer la solution finale. La majorité des déportés qui franchissaient le portail dans les wagons à bestiaux étaient directement poussés vers les chambres à gaz quelques centaines de mètres plus loin. Elles furent en partie détruites par les Allemands avant leur fuite. Ce second camp est nettement plus grand, voire immense. On ne voit presque pas l’extrémité depuis l’allée centrale. La visite se fait surtout dans les parties extérieures. Quelques panneaux d’explications suffisent à comprendre. Un second lieu complémentaire à la première partie d’Auschwitz.

Reprendre le train, ensuite, vers Cracovie vous laisse le temps de digérer. Le long de ces voies de chemins de fer que tant d’âmes ont eu comme dernier repère et fil de vie. Et jusqu’à Cracovie, on pense à ses enfants, ses femmes, ses hommes… Et jusqu’à Cracovie, on panse…

Se rendre seul (et en train) à Oswieciem

Que ce soit pour éviter la voiture, les cars touristiques, les transferts privés souvent chers, parce que vous aimez le train…  Ou que ce soit, comme moi, pour l’ensemble de ces raisons, sachez qu‘il est possible de découvrir le camp d’Auschwitz-Birkenau en train et/ou en bus depuis Cracovie et d’autres villes de Pologne.

Plusieurs trains quittent Cracovie (souvent tôt le matin) pour rejoindre la gare d’Oswieciem, moyennant quelques zlotys. Il faut compter entre 1h30 et 2h30 de trajet selon les arrêts. Ensuite, depuis la gare, vous pouvez marcher (3 kilomètres environ) jusqu’à l’entrée d’Auschwitz. Taxis et bus de villes peuvent aussi vous y conduire. Des bus vous permettent aussi, depuis la gare routière centrale de Cracovie, de rejoindre directement l’entrée du camp de concentration en 1h30 environ.

L’entrée à Auswhwitz-Birkenau est gratuite, si vous faites seul.e la visite. Dans ce cas, n’hésitez pas à acheter pour quelques zlotys un guide de visite, ce livret qui vous donnera de nombreuses explications durant votre cheminement à travers les camps. Vous pouvez aussi vous joindre à un groupe pour une visite guidée. La visite dure, dans ce cas-là, environ 3h pour les 2 camps et est payante. Les deux options ont des avantages et inconvénients. Personnellement, j’ai privilégié de pouvoir prendre mon temps et être libre de m’arrêter et de lire à mon rythme les explications. D’autres préféreront, plus rapidement, avoir les commentaires d’un guide. Dans tous les cas, vous devez en amont de votre venue réserver un horaire de visite (gratuit ou payant). Cela permet de limiter le nombre de personnes à l’intérieur du mémorial.

Une navette fait l’aller-retour entre les 2 camps.

Informations pratiques : http://auschwitz.org/en/visiting/

 

 

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