Circumetnea, sur les rails du volcan sicilien

By Patrice
Cet article fait partie de la série La Sicile et les Iles Eoliennes
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L’Etna, c’est un mythe pour moi que j’ai eu la chance de découvrir en mai 2018 (vous pouvez retrouver tous mes conseils pour son ascension ici). En préparant mon voyage, j’ai peu à peu percé le mystère d’un mot qui revenait de plus en plus souvent : circumetnea. Sans le savoir, j’avais déjà eu l’occasion d’en entendre parler lors de l’excellente émission “Des Trains Pas Commes Les Autres” en Sicile…

Car oui, si l’Etna est un mythe, la possibilité d’en faire le tour par le train fut une cerise sur un très joli gâteau volcanique. Le Circumetnea, le fameux, est une ligne de train à voie unique (et métrique) qui traverse les paysages de Sicile depuis Catane jusqu’à Randazzo. Deux villes côtières que le “tacot” relie par les terres en faisant le tour entier du volcan Etna. Un superbe voyage et un “monument” sicilien qu’il serait dommage de louper. Voici mon compte-rendu et tous mes conseils (en fin d’article) pour profiter d’une belle journée ferroviaire et géologique.

Embarquement immédiat en gare de Catane – Borgo

Enfin “immédiat”, façon de parler. Il vous faudra d’abord trouver la petite gare de Catane Borgo au milieu des ruelles du nord de la ville. À ne pas confondre avec la gare Centrale qui accueille les Trenitalia des lignes régulières. Le circumetnea est géré indépendamment du réseau national, par une société qui s’occupe également du métro de Catane. Un méli-mélo qui, une fois compris, ne sera plus un problème.

Un train FCE moderne sur la ligne du circumetnea pour Catania Borgo, à ne pas confondre avec Catania Centrale.
Un train FCE moderne sur la ligne du circumetnea pour Catania Borgo, à ne pas confondre avec Catania Centrale.

Au milieu des petits immeubles typiquement siciliens, les courts quai de la gare se coincent dans ce paysage urbanisé. La voie traverse la ville et ses rues à plusieurs reprises avant de s’engouffrer dans différents tunnels. À l’intérieur, comme sur la plupart des gares du circuit, vous retrouverez une billetterie (pas toujours ouverte mais pas d’inquiétude il y a des automates) ainsi… qu’un tabac/bar assez “typique” des voies ferrées italiennes.

L’ambiance est incroyable lorsque le second train de la matinée arrive en gare. Un autorail de couleur verte qui sent bon le milieu du XXe siècle. Son “klaxon” est sobre, discret. Les barrières de la gare s’abaissent et la minuscule rame entre en gare. Celle-ci, si calme depuis mon arrivée, s’anime alors soudainement. Les italiens et leur fort volume de voix sont de retours. Tout autour de moi, ça chante, ça crie. Les “contrôleurs” ont tout de la Sicile. Le style, l’accent et un certain goût pour les femmes qu’ils regardent chacune marcher sur le quai… Avec un peu de retard, le chef de gare siffle le départ. Nous sommes lovés dans des sièges de cuir. Dans le train, les vitres s’ouvrent à moitié. Qui a, depuis, supprimé cette agréable opportunité de sentir le vent et celle de profiter pleinement des vues ?! Une grave erreur ! Les vieux trains ont cet incroyable avantage de donner au décor toute sa dimension !

Mon "vrai" train FCE, le voici tout de vert vêtu. Un vieux de la vieille qui fait parfaitement son travail !
Mon “vrai” train FCE, le voici tout de vert vêtu. Un vieux de la vieille qui fait parfaitement son travail !

Le circumnetnea est un monument qui vit, qui craque, qui impressionne.

Me voici parti vers l’Ouest, en direction de Paterno. D’abord, les immeubles et la vie semblent devenir de plus en plus pauvre. La Sicile n’a pas le look “bling-bling” et les quartiers périphériques de Catane n’ont pas la prétention de le masquer. Pourtant je m’y sens bien, mieux peut-être que dans certains trains à grande vitesse qui ne prennent même plus le temps de ralentir pour observer le monde. Les enfants doivent être à l’école, les rues semblent bien désertes. Nulle doute qu’elles reprendront vie dès la cloche sonnée. Le coeur de Catane est peut-être ici, dans ses quartiers.

La tête au travers de la vitre, je profite de chaque instants sur le circumetnea
La tête au travers de la vitre, je profite de chaque instants sur le circumetnea

Peu à peu, l’herbe revient. Séchée, jaunie par endroit. Quelques plantations servent de ligne de fuite pour porter le regard vers le “géant” Etna qui depuis quelques kilomètres apparait. Lointain, pour le moment, avec quelques neiges encore à son sommet (nous sommes en mai). Le train passe par ValCorrente. Il s’arrête encore à chacune des gares, des plus modestes aux plus récentes. À Val Coorente, le chef de gare habite ici. Sa principale mission ? Assurer le fonctionnement du passage à niveau qui coupe la route depuis Catane. Un parfait contre exemple de ce que le modernisme tente petit à petit de tuer : l’humain et la vie, dans la moindre des petites gares.

On pourrait croire qu’ici, c’est le tourisme qui a sauvé la ligne. Pas que. En cette période hors vacances, les travailleurs et les écoliers empruntent la ligne, assez nombreux d’ailleurs. C’est émouvant. C’est l’avantage que j’ai de toujours voyager en dehors des périodes de forte affluence touristique. On rencontre la vie d’ici, le réel. Je discute un peu avec le controlleur, il me parle de la ligne. Je lui demande si on peut marcher d’une gare jusqu’à l’Etna. Il me construit quasiment un programme ! Impossible en une demi-journée. Tant pis, je profiterais un peu plus des rails.

La minuscule gare de ValCorrente, où le système de passage à niveau est encore gêré par le chef de gare.
La minuscule gare de ValCorrente, où le système de passage à niveau est encore gêré par le chef de gare.

Les pentes de l’Etna ne freinent pas l’ardeur du “tacot”

C’est après Biancavilla que la ligne prend de la hauteur. Le train traverse les villes de Santa Maria di Licodia ou Adrano dans lesquelles vous pouvez parfaitement prévoir une pause. Le train serpente ici, discrètement. Il semble vivre au rythme du passé mais son importance est encore bien présente. Il est l’âme de ces bourgades isolées de la Sicile. Le contraste est parfois saisissant entre de petite haltes et des gares hyper-modernes qui semblent tout droit sortie de terre en quelques années. Disproportionné et sans âme, révélateur tout de même de la volonté de préserver cette ligne. Le financement de l’Union Européenne ayant fait le reste.

Arrive Bronte. J’ai toujours la tête qui dépasse depuis la vitre de mon compartiment. Voilà près d’une heure que nous roulons mais le temps file et ne me perturbe pas. Les paysages sont changeants, parfois ouverts, d’autres fois plus restreints. Le train entre au plus profond de la vie sicilienne. À Bronte, donc, la vue se dégage sur cette ville construite à flanc de coulée volcanique. D’un côté l’Etna et l’une de ses éruptions récente sur laquelle le train passe (il a d’ailleurs fallut reconstruire la ligne plusieurs fois). De l’autre côté, les montagnes et les crêtes dévoilent de très jolies courbes. Nous voilà désormais liés avec le volcan par le rail.

De Bronte à Randazzo, c’est ici que vous êtes au plus prêt du Volcan. Pas d’inquiétude, il y a encore plusieurs kilomètres jusqu’à ses sommets. Mais le voyage prend une tourne incroyable. On roule sur de la lave. Le Wagon a parfois du mal à suivre des rails qui tortillent. Plus rien pour me boucher la vue, je suis seul (ou presque) face au volcan. C’est ici que la ligne est la plus belle. La plus sauvage. C’est à Randazzo que je termine mon périple du matin. Le temps pour moi de visiter la ville, de marcher un peu sur les contreforts du volcan avant de revenir dans la gare. Ceux qui souhaitent faire le tour complet doivent partir en direction de Giarre-Riposto. Ici s’arrête le FCE du circumetnea. Il vous faudra ensuite prendre un bus ou un train Trenitalia jusqu’à Catane Centrale. Pour ma part, je choisis de rebrousser chemin pour profiter à nouveau de mon périple. Mais cette fois, j’ai le droit à une rame ultra-moderne. Le contraste est saisissant. Le voyage est bien plus reposant, bien moins atypique. Mais cet aller-retour a pour moi un goût de “reviens-y” fort agréable !

Circumetnea – En Pratique

Où ?

Départs depuis Catania Borgo, Giarre Riposto et toutes les gares de la ligne. Si vous n’avez pas de véhicules, la gare de Catania Borgo est la plus accessible.

Quand ?

La ligne du train est accessible toute l’année. Des trains supplémentaires sont disponibles aux heures “estivales”(juin à septembre). Hors périodes de vacances scolaires et d’affluence, c’est un véritable plaisir. Privilégiez, comme moi, le mois de mai par exemple.

Quel Tarif ?

Les prix sont vraiment abordables. Ils se calculent en fonction des kilomètres parcourus. Il existe des billets allers-retours. Vous pouvez-vous les procurer aux guichets des gares ou aux automates. Comptez environ 10€ pour faire l’aller-retour entre Catane et Randazzo, c’est cadeau !

Comment vous informer ?

Il y a peu de sites en français qui proposent des informations sur le circumetnea. On vous conseille plutôt le site officiel : http://www.circumetnea.it/. Sur place, il y a un office de tourisme à Catane. Vous pouvez également vous rapprocher des chefs de gare qui sont très sympathiques sur la ligne. Attention à ne pas confondre Catania Centrale et Catania Borgo. Les agents de Trenitalie pourront vous indiquer la “bonne gare”… qui est à l’opposée

Et pour aller à l'Etna ?

Il faut déjà savoir que le sommet de l’Etna n’est accessible qu’avec un guide. L’Etna est en activité, cela devrait vous suffire comme explication ! Depuis la ligne du circumetnea, vous pouvez vous arrêter dans les diverses gares pour marcher aux alentours du volcan. Mais c’est très difficile à pieds de rejoindre les différents départs vers les sommets. Mieux vaut partir depuis Catane ou vous renseigner auprès des guides sur la face “nord” à Randazzo. Gardez le train pour… le plaisir du train !

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